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Elles étaient attendues depuis des années: le 30 novembre, les autorités colombiennes ont annoncé détenir - selon la formule consacrée - puis ont mis au jour, des "preuves de vie" d'Ingrid Betancourt, sous formes de cassettes vidéos enregistrées fin octobre et de lettres dont l’une, bouleversante, adressée par l’ex-candidate à la présidence à sa mère, a été en partie publiée par le quotidien El Tiempo.
On comprend l'émotion de la famille et on la partage, tant sont rares les bonnes nouvelles qui nous viennent du vaste monde... Une étape qu'on veut croire décisive est donc franchie. Mais il en reste une, et non des moindres, à parcourir, celle qui permettra de passer des "preuves de vie" aux preuves de liberté. Tant il est vrai que la vie sans liberté n'est pas complètement la vie. Vite, que l'on réunisse ces "preuves"-là ! "Preuves de vie", donc, que cette vidéo sur laquelle s'inscrit en boucle, dans l'immobilité de l'abattement et de la dignité, le visage amaigri d'Ingrid Betancourt. Preuve, surtout, de cette longue servitude qui lui est imposée et qu’elle relate douloureusement dans son courrier. Preuve de ce qui lui reste de forces que ce regard qui refuse l'oeil de la caméra et cherche, braqué vers le sol vague, à fuir l'évidence de l'oppression. Fini, en effet, désormais, le visage triomphal de beauté de l'otage disparue. Voici l'"icône" inversée, saccagée. Voici, en creux, le visage invisible de ses tortionnaires, des brutes anonymes qui la détiennent au nom d'un révolutionnarisme de feu, de sang et d'inhumanité. Oui, il y a sur terre, des milliers d'otages anonymes dont on ne voit et ne verra sans doute jamais les visages. Oui, il peut apparaître injuste de s'intéresser d'abord à elle. Mais comment ne pas admettre que son visage incarne les leurs, et qu'il parle, ce visage muet, au nom de tous les humiliés? Elle les représente tous !
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