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"Bienvenue chez les Ch'tis"suscite un tel engouement, le faisant sortir du cinématographique pour entrer quasiment dans le sociologique, qu’on ne peut que tenter d’en élucider les raisons profondes. D'abord, ce film est bien fait. C'est le travail d'un bon artisan, ne se payant pas de mots ni d'images, jouant le jeu simplement, honnêtement et sans fioritures. Deux acteurs principaux excellents, avec d’autres comédiens épatants, y sont réunis pour nous offrir une tranche de vie et décliner un scénario simple : Philippe Abrams est cadre de la poste à Salon-de-Provence. Il est marié à Julie, dont le caractère dépressif lui rend le quotidien impossible. Pour lui faire plaisir, il fraude, simulant un handicap, afin d'obtenir une mutation sur la Côte d'Azur. Mais il est démasqué et nommé à Bergues, petite ville du Nord. Pour les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c'est l'horreur, une région glacée, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le "cheutimi". Philippe ira donc seul. A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants, et se fait un ami, Antoine, le facteur et le carillonneur du village, à la mère possessive et aux amours contrariées. Quand Philippe revient à Salon, Julie refuse d'accepter qu'il puisse se plaire dans le Nord. Elle pense même qu'il lui ment pour la ménager. Pour la satisfaire et se simplifier la vie, Philippe lui fait croire qu'en effet, il côtoie l'enfer à Bergues. Dès lors, son existence s'enfonce dans un mensonge confortable...La représentation du Nord est certes schématique, se fonde délibérément sur tous les clichés positifs ou négatifs de cette région, en forçant sur les premiers, en atténuant les seconds, sans prétendre heureusement y mêler la politique ou le social. On relève également d’autres faiblesses. Une scène avec Michel Galabru, mimant Marlon Brando dans « le parrain », est ratée, celle d'un enivrement à deux lors d'une tournée postale est trop longue -même si Kad Merad y est excellent- et les ressorts psychologiques de l'épouse de celui-ci assez peu plausibles. Mais qu'importe ! Un élan de sourire et de joie nous rend heureux au fil des images. La France, par ce long métrage, s'approprie le Nord, prend conscience de son unité sur un mode ludique mais sensible, regarde comme des concitoyens des êtres que la susceptibilité des régionalismes et des identités locales faisait percevoir presque comme des étrangers, certes chaleureux mais dont on raillait le patois, la propension à l'alcoolisme, la simplicité des goûts, la familiarité des attitudes et le "sale" climat.D'un coup cette production, pourtant aux antipodes du sérieux et du pédagogique, offre l'opportunité à tous les autres Français de se réjouir de leur proximité avec ce territoire, avec ses habitants et d'être fiers qu'ils appartiennent au même monde, au même pays, au même État que le leur. Une telle assimilation n'aurait certainement pas été possible avec n'importe quel département ou région s’il n’y avait déjà une tendresse pour le Nord qui ne demandait qu'à éclore. Le film constitue, en quelque sorte, un lien, une passerelle, un billet doux entre des communautés qui, grâce à lui, se reconnaissent fraternelles et solidaires. Il fait mieux. Il nous permet de fuir un instant notre morosité, en nous regardant, dans le miroir de cette oeuvre, avec une sorte de contentement moral et de jubilation collective. L'irruption, avec évidence, sans volonté de dénaturation ni de décalage, sans dérision ni honte, d'une multitude de bons sentiments sur l'écran et dans le récit, loin de susciter ricanements et gêne, lave à grande eau, à pellicule salvatrice, les manies troubles, les zones nauséeuses, les courtes et médiocres inspirations, les tristesses « plombantes » et sans génie que recèle souvent le cinéma français. Alors, bien sûr, tout y passe, dans cette histoire qui nous entraîne vers le bonheur comme plan, comme point final. La fraternité de l'amitié, la douceur et l'incompréhension de l'amour, l'absurdité des préjugés, la force du lien maternel, l'humanité chaleureuse, simple et vraie, la mélancolie des départs. Il serait facile, mais stupide, de se moquer de cet univers du tendre, du coeur, du Nord puisqu'au fond, c'est celui dont nous rêvons tous pour nous purifier les bronches, la vue, l'âme et l'existence. Dany Boon, par son opus qu'il a opportunément voulu modeste et filial, atteint la grandeur du quotidien. La France se dit en s'observant dans cette représentation d'une part d'elle-même : on est des gens bien, tout de même !Sans doute d'autres causes du succés public pourraient-elles être identifiées mais il apparaît que ce plaisir de l'unité et cette satisfaction collective sont fondamentaux. Bienvenue chez vous, nous murmure cette oeuvre. Quand la politique a du mal, quand la société doute, quand les institutions peinent, quand le pouvoir d'achat n'est pas au plus haut, quand la France fait ce qu'elle peut, quand le monde est dur, il y a parfois de petites lumières. Certes, Dany Boon ne change pas la vie de ses concitoyens mais éclaire et embellit leur route au moins durant une heure et quarante-six minutes. C'est déjà beaucoup et confirme que le cinéma peut décidément substituer à nos regards un monde s’accordant à nos désirs.
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