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Écrit par MC   
30-03-2008

Hocus Pocus Atabal
Hocus Pocus était de passage à Biarritz à l’Atabal vendredi soir. L’occasion d’une interview sympa pour AUPAMEDIA que vous pouvez lire et/ou écouter plus bas. 20syl, alias Sylvain, le MC du groupe, nous a gentiment reçus pour discuter du groupe et de l’album. Bonnes lecture et/ou écoute.

 

AUPAMEDIA : Alors Le Caire c’était bien ?

20SYL : Mortel!

A. : Et pourquoi y étiez-vous le lundi de Pâques ? Sans être trop traditionnaliste, c’est plutôt pour le chocolat ?

20SYL : C’est l’Alliance Culturelle Française et Egyptienne qui nous a invité à faire ce concert. C’était dans une salle de concert dans le centre du Caire. Quelques semaines avant, IAM y faisait son concert aux pieds des Pyramides. C’était marrant parce que les gens nous en parlaient. Ca c’est super bien passé. C’était un public moitié égyptien moitié français. Le fait d’avoir des français dans la salle, ça nous aidait un petit peu pour emmener avec nous le public égyptien. Ca nous permettait de nous faire comprendre plus facilement. C’était vraiment sympathique.

A. : Pas trop bronzé par contre…

20SYL : (rire) Bah non, pas trop eu le temps. On est allé faire une journée de tourisme, c’était vraiment un aller-retour.

A. : Visite des Pyramides escortée ?

20SYL : Voilà c’est ça.

A. : Revenons au groupe… Donc HOCUS POCUS, c’est trois albums : « Seconde Formule » (1997), « 73 touches » (2005), et « Place 54 » en 2007. Cinq personnes, dont toi 20syl, et les autres, je n’ai pas les noms…

20SYL : En fait, on est six. David, qui est venu nous rejoindre un peu plus récemment à la guitare, Mathieu au piano, Hervé à la basse, Antoine à la batterie, Grim au platine, et moi, 20syl, au micro. Pour les trois albums, c’est un peu plus… Il y a des maxi et d’autres supports un peu plus longs. Il y a eu une première cassette en 95 qui s’appelait Hocus Pocus, qu’on vendait dix francs dans la cours du lycée. Ensuite, « Seconde formule », puis un LP de huit titres sorti en 2001. Enfin « 73 touches » et « Place 54 ». En comptabilisant tout, ça fait cinq albums en tout.

A. : Sans compter les maxis donc ?

20SYL : Sans compter les maxis. « On and on », « Dig This », « On & On part 2 », ensuite les 2Z maxi Picture Disc  « Hip Hop » et « Du sable sur les paupières », puis « Vocabl! », et plus récemment «  Smile » et « Recyclé ». Donc 8 maxis.

Hocus Pocus Atabal
A. : Le premier souvenir que tu as de morceaux de jazz ou hip hop ?

20SYL : Ce serait Gravedigazz, leur morceau « It’s a suicide ». C’est le morceau qui m’a donné envie de faire du hip hop. Ca, c’est pour le rap américain. Après, il y a eu des morceaux de rap français, en particulier dans le rap de l’ouest, des gens comme « Sous le choc », « S.A.T. » ou « Dimension des cartels », qui sont des groupes d’un collectif de hip hop sur Nantes, Angers et Rennes qui s’appelait Bastion (de 1995 à 2000).

A. : Mystika Thetcha (groupe de rap rennais, ndlr) en faisait parti ?

20SYL : Oui aussi.

A. : Vers quel âge tu as ces souvenirs là ?

20SYL : Aujourd’hui, j’ai quasiment trente ans, donc c’était il y a dix/quinze ans, vers 16/17 ans. Vers 1995.
Avant cela, je faisais déjà de la batterie, donc je m’intéressais à des groupes qui bastonnaient du genre « Urban Dance Squad », « Rage Against The Machine », « No One Is Innocent » en France.
Puis, étant musicien, par ce biais là,  on en est venu à des trucs plus rap, on avait envie de toucher un peu à tout. Et le sampler nous faisait vraiment envie ! Prendre une boucle et mélanger plein de choses…

A. : Il y a eu plusieurs TV depuis, dont Taratata. Il est sympa Nagui ? Et Pauline Croze vous la connaissiez avant ?

20SYL : Oui (pour Nagui). Pour Pauline Croze, on connaissait son travail avant. Et ça a été un vrai plaisir de travailler avec elle car ça nous a permis de la redécouvrir. C’est vraiment quelqu'un de très talentueux.

A. : Il n’y a pas que Taratata dans la vie, il y a aussi Trax, le premier souvenir que j’ai de vous...

20SYL : Il y a deux trois ans.

A. : Facile, c’était en Mayenne.

20SYL : Trois/quatre ans en fait. On était un peu présenté comme le rap campagnard.

A. : Un peu en effet. Mais tu avais dit un truc qui m’avait marqué en parlant de Mayenne : « c’est un endroit désert pour le hip hop, il faut faire cent kilomètres pour trouver une Fnac ».

20SYL : Oui, c’est ça.

A. : Justement, vis-à-vis de cette pensée, est-ce que tu penses que l’accès à la musique par le téléchargement a vraiment changé la donne, ou que les gens continuent d’écouter ce qu’on leur met dans les oreilles, à la télé, ou ailleurs ?

20SYL : Je pense que le côté mouton des gens est toujours un peu là, et on a tous un côté mouton en nous qui suit un peu ce qu’on nous donne  à bouffer.
Maintenant, c’est vrai qu’internet a permis à des gens qui n’avaient pas forcément accès à des distributeurs proche de chez eux de devenir plus pointus et de s’intéresser à des trucs plus précis. Ca, c’est une grande chance si ça peut offrir une diversité aux gens et leur permettre de découvrir des choses malgré le fait qu’ils habitent en pleine campagne.
Nous, on a toujours eu la démarche d’aller jouer en live, de se donner à 100%, même si il y avait trois personnes dans la salle. Les concerts on les fait avec le cœur, et pas à moitié parce qu’il y a cinq personnes dans la salle. Les gens sont d’ailleurs contents et nous le dise : « Vous vous êtes pas foutu de notre gueule même si on était que 5 dans la salle ». C’est un respect des gens, on essaye de se faire plaisir et de leur faire plaisir en même temps...
Bon, ça arrive de moins en moins car les salles sont de plus en plus remplies. C’est aussi un chemin, ça forge une personnalité et l’esprit de groupe, pour pouvoir passer des moments un peu plus difficiles.

Hocus Pocus Atabal
A. : Vous faites surtout des petites salles, c’est un choix ?

20SYL : D’une part, on en est pas rendu à pouvoir faire des Zéniths ou des salles énormes. Et, à moins que financièrement et techniquement on soit obligé de jouer dans ce genre de salle…

A. : Obligés ? Un pistolet sur la tempe (contraints et forcés) ?

20SYL : Non, c’est pas ça, mais c’est vrai que quand tu arrives à un certain stade, si tu veux tous les soirs ton décor, ton son, etc. : tu es obligé de passer dans des zéniths. En ce moment, on a un décor, et chaque soir, on est obligé d’enlever des détails, parce qu’il est trop large ou trop haut par rapport à la salle. Il arrive un moment où, quand tu as investi dans la mise en scène pure, tu es obligé de jouer dans ces grandes structures pour pouvoir les présenter. Nous on n’est pas fan des zéniths parce qu’il y a un côté impersonnel. On perd la mesure humaine.
On joue devant des têtes d’allumettes, tandis que dans des salles de petites et moyennes tailles, ça permet vraiment de créer une proximité avec le public qu’on n’a pas ailleurs.

A. : Par rapport à vos albums, c’est réaliste, sans être triste, plutôt posé. Vous évoquez tour à tour la traite des Noirs à Nantes (sujet plutôt tabou si il en est), le développement des moyens de communication (au détriment paradoxalement de la communication), la dictature de la mode dans le hip hop… Il n’y pas que le coté instrumental, vous prônez aussi un retour au base du hip hop façon « old school » ou ce n’est pas franchement voulu ?

20SYL : Pas vraiment, on préfère s’amuser un peu de l’histoire du hip hop et des clichés qu’il peut y avoir autour de tout cela. C’est vrai, on n’est pas des gros revendicateurs « peace, unity, love » etc., même si on a des morceaux qui rentrent un peu dans ce délire là sur scène.

A. : Vous n’êtes pas « De La Soul » ?

20SYL : On n’est pas à scander « hip hop » au gens toutes les 2 secondes. Il y a des morceaux où on aime le faire, on se met dans la bulle hip hop pendant trois minutes, et après on en sort. On aime aborder des thèmes parfois très conscients, parfois très légers. Tu as évoqué le morceau « Quitte à t’aimer » avec cette phrase sur la traite des Noirs, c’est des choses que l’on n’occulte pas et qui sont importantes.
Etant nantais, c’est important d’en parler, et peut être que si notre disque marche, cette petite phrase fera « tilt » dans la tête de quelques personnes genre « tiens, c’est vrai que ce truc là, on en entend jamais parler ».
Il y a peu de plaques commémoratives ou, quand il y en a, elles sont bizarrement détruites par des inconnus.

A. : Des plaques ont été  détruites à Nantes ?

20SYL : Je crois qu’ils avaient construit un monument et qu’il a été détruit par des descendants des familles de négriers. Après, c’est ce que j’ai entendu.  Je ne sais pas si c’est une légende urbaine ou si c’est vrai… Mais ça ne m’étonne pas, car il y a encore plein de gens des familles qui vivent…

A. : Sur le commerce qu’ils ont pu faire à l’époque ?

20SYL : On ne peut pas non plus mettre tous les œufs dans le même panier en disant que c’est de leur faute, etc. Mais c’est bien qu’il y ait une mémoire. Je parle d’amnésie dans ce morceau, et c’est aussi ce que l’on ressent sur certains sujets. Je trouve cela dommage.

A. : On est assez d’accord sur le constat. Bon, on a pas écouté tout l’album, on a pas lu tout les sites internet, il y en a pas qu’un en plus, donc « Place 54 », on sait pas forcément ce que c’est, d’où tires-tu ce titre ?

20SYL : Place 54, c’est la place à laquelle j’étais assis sur un trajet Paris/Nantes, où j’ai commencé à écrire tout ce qui se passait autour de moi dans le wagon. Je suis arrivé chez moi, j’avais des bribes de texte sur papier. On a décidé d’en faire un morceau qui est devenu un peu le fil rouge de l’album autour de l’idée de voyage. Symboliquement, c’est un peu le retour aux sources. On part du business à Paris et du « speed » parisien pour arriver aux racines qui sont à Nantes, à l’aspect créatif d’Hocus Pocus qui est à Nantes.
De ce voyage très concret, on passe à un voyage imaginaire ou immobile, comme on dit dans le dernier morceau de l’album, où là c’est plus un voyage dans la musique, dans les influences musicales.

Hocus Pocus Atabal
A. : Et Hocus Pocus, le nom vient d’où ?

20SYL : Ca vient du nom de  la première cassette qu’on vendait 10 francs dans la cour du lycée à Nantes où je faisais option art plastique. A l’époque, le groupe (Cambia plus 20syl) avait pas vraiment de nom et le titre de la cassette c’était « Première formule ». D’où Hocus Pocus. On a abandonné les concepts mystiques depuis pour garder juste le nom.

A. : Présente-nous les différents « featurings » que tu as pu faire sur l’album…

20SYL : Combo : c’était sur l’album précédent, sur  la réédition de « 73 touches ». C’est un artiste que je suis depuis longtemps, qui faisait parti de « La Cliqua » à la base, de cette époque riche du rap français. Il n’a pas lâché depuis, il est rentré dans une vague plus musicale plus jazzy. Le croissement était naturel avec lui.

The Procussions : ça a été une rencontre qui s’est fait en même temps que celle avec Ty. Ils faisaient sa première partie. C’est des Américains de Los Angeles. Le groupe n’existe plus depuis, ils sont partis dans des carrières solos. Ils sont super impressionnants car ils sont aussi bien musiciens que rappeurs, ce qui est assez rare pour être souligné.

Fred Wesley : c’est le tromboniste de James Brown qu’on a réussi à dégoter au culot par mail.

Omar : un chanteur anglais avec qui on a fait le titre « Smile ».

Ty : c’est un rappeur anglais qui est sur le label « Big Dada » donc sur « Ninja Tune », dont on appréciait le travail depuis longtemps, qu’on a réussi à le rencontrer à la Roche-sur-Yon. On a été le chopper pendant ses balances pour l’enregistrer.

A. : Ok. Je vais te donner une liste de quelques noms. Tu me dis si ça te tenterait de collaborer avec eux – même si ça n’est plus possible pour certain – ou que non tu peux pas parce que tu as piscine ou club de bridge.

- Henry Salvador : ça aurait été un honneur de taffer avec ce mec là surtout quand tu sais que c’est lui qui a inventé la Bossa Nova selon la légende, même si il est plus connu pour son rire.

- The Roots : la question ne se pose même pas, c’est un peu le groupe idéal.

- Camille : mortel, on y a pensé sur l’album, on avait pas de morceau à lui proposer sinon s’aurait été une des premières personnes que l’on aurait solicité.

- Mos Def : j’aime moins ses délires quand il se met à chanter mais je suis fan de son taf quand même.

- Talib Kweli : pareil, c’est les mêmes. C’est vraiment deux très très bons MC qu’on suit depuis longtemps.

- DJ Pone : c’est un pote à nous.

- The pipette : je ne connais pas.

- John Coltrane : là, c’est clair que oui.

- Dave Brubeck : pareil et pourquoi pas, vu que tu m’apprends qu’il est toujours vivant.

- Jacques Brel : Oui c’est clair, aussi un grand interprète.

- Axel Rose : Ca serait juste pour faire plaisir à Antoine, le batteur d’Hocus Pocus, qui est fan de Gun’s and Roses.

A. : Pour finir, vos projets après l’Olympia qui est complet ? D’autres productions pour des artistes comme Diam’s ou Disiz la peste ?

20SYL : Pour l’instant, on finit la tournée d’Hocus Pocus qui se prolonge jusqu’au 15 novembre 2008. Après, on va penser à un nouvel album et d’autres projets à côté, notamment C2C un collectif de Djs. On ne va pas s’ennuyer dans les années qui viennent... 

Merci à 20Syl d’Hocus Pocus, à Elodie et Pedro de la team d’Hocus Pocus, et à toute l’équipe de l’Atabal sans qui cette interview n’aurait pas été possible.

 

Ecoutez l'interview en podcast:

 

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Dernière mise à jour : ( 07-04-2008 )
 
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